Facultés prêtées aux vampires
Selon les mythes, légendes ou auteurs, le vampire a des forces et des faiblesses différentes...
Ainsi, dans le roman de Bram Stoker, les facultés de Dracula sont énumérées de façon précise par l'un des personnages, le docteur Van Helsing: "Il faut savoir que le nosferatu ne meurt pas, comme l'abeille, une fois qu'il a fait une victime. Au contraire, il n'en devient que plus fort; et, plus fort, il n'en est que plus dangereux (...). Il se sert de la nécromancie, art qui, comme l'indique l'étymologie du mot, consiste à évoquer les morts pour deviner l'avenir, et tous les morts dont il peut approcher sont à ses ordres (...). Il peut, avec pourtant certaines réserves, apparaître où et quand il veut et sous l'une ou l'autre forme de son choix; il a même le pouvoir, dans une certaine mesure, de se rendre maître des éléments: la tempête, le brouillard, le tonnerre, et de se faire obéir de créatures inférieures, telles que le rat, le hibou, la chauve-souris, la phalène, le renard et le loup; il peut se faire grand et se rapetisser et, à certains moments, il disparaît exactement comme s'il n'existait plus". Le même personnage précise toutefois plus loin que plusieurs moyens sont utilisables pour éliminer le vampire: "Il est prisonnier, plus qu'un homme condamné aux galères, plus qu'un fou enfermé dans un cabanon. Aller là où il a envie lui est interdit. Lui qui n'est pas un être selon la nature, il doit cependant obéir à certaines de ses lois - pourquoi, nous n'en savons rien. Toutes les portes ne lui sont pas ouvertes; il faut au préalable qu'on l'ait prié d'entrer; alors seulement il peut venir quand il le désire. Son pouvoir cesse, comme d'ailleurs celui de toutes les puissances malignes, dès les premières lueurs de l'aube. Il jouit d'une certaine liberté, mais en des moments précis. S'il ne se trouve pas à l'endroit où il voudrait être, il ne peut s'y rendre qu'à midi, ou au lever, ou au coucher du soleil (...). Ainsi, tandis que le vampire peut parfois accomplir sa propre volonté, pourvu qu'il respecte les lmimitations qui lui sont imposées et se confine dans son domaine: son cercueil à lui, son enfer à lui, ou encore dans un endroit non bénit (...); et encore ne peut-il se déplacer qu'à des moments bien précis. On dit aussi qu'il ne peut franchir des eaux vives qu'à marée haute ou lorsque la mer est étale. Et puis, il y a des choses qui lui ôtent tout pouvoir, comme l'ail, nous le savons assez; comme ce symbole, ma petite croix d'or, devant laquelle il recule avec respect et s'enfuit. Il y en a encore d'autres (...): une branche de rosier sauvage, posée sur son cercueil, l'empêche d'en sortir, une balle bénite que l'on tirerait de son cercueil le tuerait et il deviendrait alors un mort véritable. Quant au pieu que l'on enfonce dans son coeur, nous savons qu'il lui donne également le repos éternel, repos éternel qu'il connaît de même si on lui coupe la tête" Il ne se reflète pas non plus dans les miroirs et son corps ne fait pas d'ombre.
Dans le premier film s'inspirant du roman, Nosferatu, Murnau n'indique qu'un seul moyen permettant d'éliminer le vampire: une femme au coeur pur doit faire oublier le lever du jour au comte. C'est de là qu'est née la croyance dans les effets nocifs des rayons du soleil sur les vampires, laquelle sera exploitée dans la plupart des films. Par ailleurs, Muneau comme les autres cinéastes ne détaillent pas autant les facultés des vampires - par soucis d'alléger l'intrigue, très certainement. Mais ils leur en prêtent d'autres; ainsi, les films dans lesquels a joué Bela Lugosi ont développé l'idée que les vampires possédaient un pouvoir hypnotique leur permettant, notamment, de séduire efficacement les femmes.
Dans son Dracula, Coppola invente de nouvelles règles. Ainsi, son personnage principal est capable de boire et de manger. Il peut également se déplacer le jour - et pas seulement à certaines heures.
Ainsi, le vampire:
_Se nourrit de sang ;
_Est déjà mort et ne peut-être tué à nouveaux que par des pratiques spéciales: pieu dans le c½ur, clou dans la tête, une décapitation ou une crémation (la tradition populaire réclamait les quatre à la fois). Il doit ensuite être enterré à l'angle d'un carrefour (plusieurs variantes;
_Est immortel (c'est-à-dire n'est pas soumis à la vieillesse) ;
_Pratique la « mastication ». Dans de nombreuses légendes, le vampire ne se nourrit pas que de sang, mais aussi d'excréments humains et de chair, même de la sienne propre : le vampire pratique en effet l'automastication de sa chair et de ses vêtements ;
_Devient plus puissant avec l'âge, c'est-à-dire qu'il résistera mieux aux lieux saints ou à l'eau bénite par exemple ;
_A le teint pâle ou une peau d'une blancheur blafarde ;
_A la faculté de se transformer en animal (animal quelconque ou uniquement loup, chauve-souris selon les auteurs) ou en brume. Les formes qui lui sont prêtées selon les auteurs peuvent être diverses: grenouille, araignée, parfois même légumes et autres objets inanimés. Il convient de noter que, contrairement à l'homme atteint de lycanthropie, qui doit ôter ses vêtements avant de prendre la forme du loup-garou, le vampire ne semble pas avoir besoin de se déshabiller pour se changer en animal;
_Est très fort, très rapide, a une excellente vision nocturne;
_Peut être repoussé, blessé par des symboles sacrés (crucifix, eau bénite);
_Ne supporte pas la lumière du soleil;
_Peut lire dans les pensées;
_Ne se reflète pas dans les miroirs;
_Ne peut franchir un seuil ou pénétrer dans un bâtiment sans y avoir été invité;
_Ne peut franchir l'eau courante;
_Est indisposé par l'odeur de l'ail;
_Est obligé de compter toutes les graines d'un sac renversé devant lui, et de dénouer tous les n½uds qu'il croise, même si le jour arrive, et ne peut s'en détourner que lorsqu'il a fini de les compter;
_A un don pour la séduction dont il se sert pour approcher certaines de ses proies, souvent des femmes.
Le vampire dans l'Histoire
Le Vampire (The Vampyre) de Philip Burne-Jones Bt.
L'histoire du vampire commence très tôt, mais trouvera son apogée lors des XVIIe et XVIIIe siècles, où les témoignages de vampires se font plus nombreux.
Chronologie
La préhistoire et l'Antiquité ont vu naître les vampires et les premiers hommes en ont laissé des traces diverses. On retrouve les premières traces d'êtres buveurs de sang sur un vase préhistorique, découvert en Perse.
Antiquité
La Bible déjà, par le biais de la nécromancie, fait des allusions aux vampires.
Dans la Grèce antique, les ombres du royaume d'Hadès sont friandes du sang des victimes (cf. Homère, Odyssée, X, 520-540, "Circé"). Les Anciens craignaient l'errance sur Terre s'ils n'étaient pas enterrés par leur famille ou leurs amis car le repos définitif venait de l'incinération, ce qui explique le mythe de Polynice. Aristée, Platon et Démocrite soutenaient que l'âme peut demeurer auprès des morts privés de sépulture. Les âmes malheureuses et errantes se laissent alors attirer par l'odeur du sang. On peut se référer à Porphyre de Tyr (Des sacrifices, ch. II "Du vrai culte"). Les devins se servaient alors de ces âmes pour deviner les secrets et trésors. Ayant connaissance de leur présence, les hommes cherchèrent des moyens pour les apaiser ou les contrer. En Crète, selon Pausanias, on enfonçait dans la tête de certains morts un clou. Ovide aussi parlera des vampires. Théocrite note aussi les empuses (spectres multiformes de la nuit pouvant se muer en monstres innommables ou en créatures de rêve, aussi appelées démons de midi).
Dans l'Empire Romain, on trouve la loi Jus Pontificum selon laquelle les corps ne devaient pas être laissés sans sépulture. De plus, les tombes étaient protégées contre les voleurs et ennemis. Les violations étaient considérées comme sacrilège et punies de mort. On rencontre Lamia, une goule nécrophage, reine des succubes dévorant les f½tus et effrayant les enfants la nuit (Horace, Art poétique, 340). De Lamia viennent les lamies, plus nécrophages que vampires: lascives, ondoyantes, serpentines, avides de stupre et de mort, aux pieds de cheval et aux yeux de dragon. Elle attiraient les hommes pour les dévorer et peuvent s'apparenter aux succubes. Elles prenaient le surnom plus connu de striges à cause de leurs cris perçants. On note aussi les striges, démons femelles ailées munies de serres, et les omosceles, démons aux pieds d'ânes qui s'attaquaient aux voyageurs égarés.
Moyen Âge et Temps Modernes
Au XIIe siècle, les vampires étaient censés être si nombreux en Angleterre qu'ils étaient brûlés pour calmer la passion populaire. Herenberg cite d'ailleurs deux cas en 1337 et 1347 : les présumés coupables de vampirisme furent empalés et brûlés. De même, au XIVe siècle, les épidémies de pestes sont l'occasion pour la population (surtout en Europe de l'Est) d'une véritable frénésie anti-vampire. On voit apparaître au XVIe siècle, la première grande figure du vampirisme : la comtesse hongroise Erzsébet Báthory. En Moravie, l'évêque d'Olmütz, devant la multiplication des plaintes des villageois de la région, mit sur pied des commissions d'enquêtes. Le premier cas de vampirisme attaché à un nom et étudié un tant soit peu est celui Michael Casparek, en 1718. Son cas fit l'objet d'une enquête officielle, dans son petit village de Liptov en Hongrie. Malheureusement, très peu de données ont pu parvenir jusqu'à nous. Le mot "vampire" apparaît pour la première fois en 1725, lorsqu'un rapport présente l'exhumation du récemment mort Peter Plogojowitz un paysans serbe, qui reste encore à ce jour le cas le plus célèbre de vampire historique dans le monde, après celui d'Arnold Paole, soldat et paysan autrichien mort en 1726 et à l'origine de deux épidémies de "vampirisme" dont la seconde, en Janvier 1731, fit l'objet d'un rapport circonstancié par le médecin militaire Johann Flückinger, généralement connu sous le titre de Visum et Repertum, qui fut abondamment repris, traduit par Dom Calmet, et fit probablement couler encore plus d'encre que le cas Plogojowitz (pour les Serbes, le plus célèbre reste cependant Sava Savanović). Auparavant, on parlait de "vampyr". Un autre cas de vampirisme est celui de Johannes Cuntius de Silésie.
Le vampirisme était pour l'Église catholique (et pour Dom Calmet en particulier) un sujet sérieux et politique (à la manière de la Bête du Gévaudan). Les âmes des morts ont trois alternatives : Paradis, Enfer ou Purgatoire. Or le vampire est un mort qui ne se retrouve dans aucune de ces trois catégories, puisque c'est une âme qui erre sur Terre. Sa simple existence remet donc en cause le dogme catholique et donc la puissance de l'Église.
Le cas Báthory
La comtesse Erzsébet Báthory est l'exemple historique le plus connu concernant les vampires. Cette aristocrate hongroise du XVIe/XVIIe siècle, aurait tué entre 100 et 600 jeunes filles afin de se baigner dans leur sang. Elle considérait en effet que se baigner dans le sang de jeunes filles pouvait permettre de rester éternellement jeune. Bien qu'elle ne présente aucun signe caractéristique des vampires (elle ne boit pas le sang), la comtesse Báthory reste pour beaucoup l'incarnation du coté aristocratique du vampire, à l'inverse des autres témoignages qui, plus tard, porteront sur des paysans.
Dracula
On pense souvent que Vlad III Drăculea, dit Ţepeş (l'Empaleur en roumain), a été un vampire. Ce prince de Valachie du XVe siècle, dont la réputation était sanguinaire, a beaucoup inspiré "Dracula", un roman de fiction de Bram Stoker, qui dépeint un vampire en Transylvanie et au Royaume-Uni au XIXe siècle. Bien qu'il ne soit pas fait mention, de manière directe ou indirecte, de Vlad Ţepeş, nombre de personnes ont alors fait le rapprochement, puis l'amalgame, entre Dracula, le personnage imaginaire de Stoker, et le prince valaque historique du XVe siècle. Les nombreuses reprises littéraire et cinématographique ont fini par faire de Dracula un personnage de la culture populaire mondiale.
Vingtième siècle
En 1912, un fermier hongrois affirma qu'un garçon de quatorze ans qu'il avait employé et qui était mort récemment lui rendait visite chaque nuit. L'affaire a été signalé par le Daily Telegraph de Londres.
Géographie
On retrouve des vampires historiques dans toute l'Europe du Nord, et notamment :
En Lorraine;
En Prusse;
En Silésie;
En Pologne;
En République tchèque;
En Autriche;
En Russie;
Eu Danemark;
En Angleterre.
Causes rationnelles du vampirisme
Plusieurs causes parfaitement rationnelles peuvent expliquer de nombreux cas de supposé vampirisme. Cependant, il semble que même cumulés, elles ne suffisent pas à expliquer la totalité des cas.
Parmi les causes invoquées, citons :
_La rage : la rage a été comparée au vampirisme par les fortes similitudes dans les symptômes et les comportements de ceux qui en sont atteints:
_La rage développe un comportement agressif notamment par la morsure et déforme le visage, pouvant laisser apparaitre les dents;
_La rage donne un teint pâle à qui en est atteint;
_La rage peut être véhiculée par des chauves-souris;
_Les patients rabiques souffrent d'hyperesthésie en fin de vie (sensibilité à la lumière, peur de la lumière du jour);
_Les patients rabiques souffrent d'hydrophobie (peur des liquides, donc de l'eau bénite);
_Les patients rabiques peuvent souffrir d'hypersensibilité aux odeurs fortes, comme par exemple celle de l'ail;
_La rage peut entraîner des insomnies donc une forte activité la nuit;
_La rage se propage, entre autres par la morsure;
_Une épidémie de rage a sévi en Europe de l'Est au moment des premiers récits de vampires;
_La Xeroderma pigmentosum qui est à proprement parler la maladie des vampires;
_L'hyperesthésie: les malades craignent les lumières trop dures (celle du soleil), et les fortes odeurs (celle de l'ail);
_L'hydrophobie: les malades avancés ont d'insoutenables sensations de brulure en cas de contact avec l'eau (avec l'eau bénite);
_Les insomnies : les malades souffrent d'insomnie (les vampires ne vivent que la nuit);
_La catalepsie;
_Un enterrement accidentel : voir le cas d'Alexandre Anderson, rapporté par Colin de Plancey;
_La porphyrie. C'est une forme extrême d'anémie, maladie congénitale très rare (un cas sur 200000), due à une anomalie d'un composant de l'hémoglobine. Elle se traite par l'injection de molécules d'hémoglobine. Elle se manifeste généralement par une urine rouge, une hyperpilosité (hypertrichose) et des malformations dentaires. Cependant, la "maladie du vampirisme", que l'on peut trouver chez certaines personnes en Transylvanie et en Roumanie, ou dont la lignée génétique remonte à des personnes originaires de ces contrées, n'a aucun lien avec la porphyrie;
_Le lupus erythematosus;
_Les terres riches en arsenic. Les eaux arsenicales préservent les corps, ce qui peut expliquer certains cas de cadavres préservés. Les cas les plus célèbres de vampirisme sont signalés en terre orthodoxe, où la non-putréfaction est signe diabolique (au contraire du catholicisme qui la considère comme un signe divin);
_La tuberculose: la propagation du vampirisme ressemble beaucoup à celle de la tuberculose